Données confidentielles et intelligence artificielle : les pratiques essentielles pour éviter la fuite

Plus de 80 % des entreprises utilisent aujourd’hui des outils d’intelligence artificielle, souvent sans mesurer tous les risques liés à la confidentialité des données. De simples interactions peuvent exposer des informations sensibles sans que l’on s’en rende compte. Et les fuites récentes en entreprise montrent que personne n’est à l’abri. Voici les mesures concrètes à mettre en place pour garder le contrôle total sur vos données à l’ère des IA génératives.

Ne plus transmettre de données sensibles aux IA : un réflexe impératif

C’est l’erreur la plus fréquente : copier-coller un document interne dans ChatGPT ou un autre assistant IA, sans se soucier de ce qu’il adviendra des données. Même si certains services annoncent ne pas utiliser vos contenus à des fins d’apprentissage, le risque zéro n’existe pas.

En mars 2023, Samsung a accidentellement exposé du code source confidentiel en testant ChatGPT. Ces informations ont potentiellement été stockées sur des serveurs externes, sans aucune possibilité de retour en arrière.

À retenir : ne jamais partager d’éléments contenant des données personnelles, commerciales, financières ou techniques, sauf si vous utilisez une version certifiée et sécurisée de l’outil.

Miser sur des IA privées ou hébergées en local

Pour les entreprises, l’usage d’outils IA en cloud public représente une faille critique. Les données peuvent transiter par des serveurs externes, parfois localisés hors UE, rendant leur maîtrise complexe et posant des questions de conformité avec le RGPD.

Certaines grandes structures développent désormais leurs propres modèles de langage, hébergés sur site ou dans un cloud souverain. Cela permet de conserver un contrôle total sur les flux d’information, les logs, et les politiques de confidentialité appliquées.

Exemple : BNP Paribas, Crédit Agricole et Airbus ont tous annoncé la mise en place de solutions IA internes, interdisant l’usage des versions publiques de ChatGPT en environnement professionnel.

Maîtriser les paramètres de confidentialité des outils utilisés

Beaucoup d’IA, même grand public, permettent d’ajuster certains réglages. Désactiver l’historique des conversations, refuser l’utilisation des données pour l’entraînement, ou encore limiter les accès aux comptes peuvent sembler anodins, mais cela renforce significativement la sécurité.

En entreprise, il est recommandé de :

  • Créer des comptes distincts par utilisateur, avec des droits adaptés.
  • Restreindre les autorisations via une gestion centralisée (IAM).
  • Intégrer les outils IA dans le SI existant, avec une supervision des connexions et des transferts de données.

Former les équipes pour limiter les risques humains

Selon une étude d’IBM, les erreurs humaines représentent plus de 60 % des incidents liés à la cybersécurité dans les outils IA. La formation devient donc indispensable.

Tous les collaborateurs doivent être informés des risques liés aux interactions avec les IA :

  • Ne pas copier de documents sensibles dans un chatbot.
  • Utiliser des outils validés par la DSI.
  • Vérifier les paramètres de sécurité.
  • Signaler immédiatement toute activité suspecte.

Certaines entreprises vont plus loin en imposant une charte d’usage des outils IA, assortie de sanctions en cas de non-respect.

Utiliser des protocoles chiffrés et sécuriser les échanges

Les données échangées avec un outil d’IA doivent toujours transiter via des canaux sécurisés. Cela inclut :

  • Le chiffrement de bout en bout (TLS, VPN…)
  • La validation des certificats SSL
  • La surveillance réseau pour détecter des anomalies

Les documents sensibles doivent également être chiffrés, même lorsqu’ils circulent en interne. Et si des API sont utilisées pour connecter des outils IA au système d’information, elles doivent être protégées par des clés d’accès temporaires, avec journalisation des accès.

Évaluer les accès et contrôler régulièrement les droits

Un point souvent négligé : l’évolution des droits d’accès. Un employé peut changer de poste, quitter l’entreprise, ou recevoir temporairement des autorisations étendues. Sans audit régulier, ces accès inutiles deviennent des failles exploitables.

Il est donc recommandé de :

  • Réaliser un audit de sécurité trimestriel.
  • Supprimer les comptes inactifs ou non utilisés.
  • Appliquer le principe du moindre privilège : chacun ne voit que ce qu’il doit voir.

Renforcer la gouvernance des données à l’ère de l’IA

Les données ne doivent pas seulement être protégées : elles doivent être pilotées. Cela implique :

  • De savoir où elles sont stockées (serveurs internes, cloud, pays…)
  • De gérer les consentements pour leur traitement
  • De documenter chaque interaction avec un outil IA

L’entrée en vigueur de l’IA Act en Europe viendra encore renforcer ces exigences, notamment pour les secteurs à haut risque.

Le shadow AI : un danger souvent sous-estimé

Le shadow IT, déjà bien connu, a désormais une variante : le shadow AI. Il s’agit de l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle sans validation ni supervision de la DSI. Cela inclut les extensions IA installées par des employés, les assistants intégrés aux navigateurs, ou encore les applications mobiles utilisant des modèles génératifs.

Le danger ? Ces outils peuvent capter, stocker ou transmettre des informations sensibles à l’insu de l’entreprise. La seule solution : mettre en place des contrôles d’accès au réseau et sensibiliser massivement les collaborateurs à ces pratiques à risque.

RGPD, conformité, IA Act : ne pas négliger l’aspect juridique

Le traitement des données par une IA peut entraîner une violation directe du RGPD. En cas de contrôle ou d’incident, l’entreprise est responsable, même si l’outil est externe. Des amendes de plusieurs millions d’euros peuvent être infligées.

Avec l’arrivée de l’IA Act, les obligations s’alourdissent : obligation de transparence, évaluation des risques, interdiction de certains usages… Les outils IA devront faire l’objet de revues régulières de conformité, avec une traçabilité complète des traitements réalisés.

En résumé : l’IA ne doit jamais être un angle mort en matière de sécurité

Les IA génératives et conversationnelles s’imposent dans le quotidien des entreprises, mais leur puissance va de pair avec une exigence absolue de maîtrise des données. Laisser ces outils accéder librement à des informations sensibles revient à ouvrir la porte à des fuites massives, voire à des sanctions lourdes.

Adopter des outils certifiés, impliquer la DSI, former les collaborateurs et renforcer la gouvernance ne sont plus des options : ce sont des impératifs si l’on veut tirer parti de l’IA sans mettre en péril la sécurité de l’entreprise.